Innovation alimentaire : comment séduire le client

Inventer l’épicerie fine de demain, innover pour séduire, pour réveiller les sens, pour créer une nouvelle expérience consommateur

Au salon Gourmet Sélection en septembre dernier, plusieurs entrepreneurs ont échangé sur l’expérience client et l’innovation alimentaire. L’épicerie fine se réinvente et le retail a encore son mot à dire face au commerce en ligne.

Elie et Coralie de l’Agence Cent Degrés, Paul-Henri, cofondateur de la marque Le chocolat des Français, Isabelle, fondatrice de l’agence événementielle Saveurs d’étoiles, et Shanty, créatrice de biscuits personnalisés, ont présenté leur parcours et leur activité actuelle.

Agence Cent Degrés : du parfum à l’alimentation de luxe, la polysensorialité

L’Agence Cent Degrés a démontré l’importance du marketing et de l’innovation alimentaire pour les produits gourmets. Son premier exemple, c’est le moulin à poivre Peugeot. La société Peugeot Saveurs existait avant l’industrie automobile éponyme. Basée à Besançon, elle fabriquait et commercialisait des couteaux, les fameux moulins à poivre et à épices.

Lors du repositionnement de Peugeot Saveurs, Agence 100° propose un changement visuel. Puis, alliant l’image de technicité de Peugeot automobiles avec le goût du poivre et des épices, c’est le moulin qui est totalement repensé : pratique, doté d’une ouverture large. L’expérience d’utilisation du moulin à poivre est améliorée pour changer l’image de Peugeot Saveurs.

Son deuxième exemple d’innovation alimentaire, est celui de l’industriel Senoble. Spécialisé dans les yaourts, Senoble souhaite se porter sur la pâtisserie industrielle en BtoC. Pour lancer la gamme, Agence Cent Degrés a retravaillé l’identité et le packaging de Senoble.

En matière d’innovation alimentaire, le travail de design accompagne le changement de business model et l’évolution de l’entreprise. Le repositionnement est plus facile quand l’équipe ne vient pas du domaine de l’épicerie fine. Agence 100° est issue du secteur de la beauté et du luxe. La société a notamment conçu les parfums Cartier sculptés à l’intérieur. L’esprit est le même : parfumerie et alimentation de luxe partagent le même appel aux cinq sens des clients.

Isabelle et Saveurs d’étoiles : de la pyramide olfactive à la pyramide gustative

Venue aussi de la parfumerie de luxe, Isabelle a travaillé sur la pyramide olfactive, c’est-à-dire les trois étapes d’une fragrance : note de tête, note de cœur, note de fond. Isabelle reproduit ce phénomène pour la pâtisserie. Elle demande à ses chefs de travailler sur ces trois notes, créant ainsi une pyramide gustative.

L’innovation alimentaire passe aussi par une expérience en bouche. En effet, la sensation de la texture s’ajoute aux trois notes. D’ailleurs, depuis 2012, sous la houlette d’Isabelle, chefs et parfumeurs travaillent de concert. L’expérience client créée par Isabelle va plus loin avec KISS, un cocon d’immersion sensorielle qui mobilise les cinq sens. Cette cabine en papier japonais reproduit des univers, à l’image de la madeleine de Proust qui réveille une odeur, un goût, des souvenirs.

Paul-Henri et Le chocolat des Français : chocolat et toiles de maître

La naissance du Chocolat des Français vient du constat suivant : dans le monde du chocolat, il y a les grands créateurs avec leur offre haut de gamme, mais une communication ancienne et sobre, et les marques industrielles avec une communication délurée pour des produits de moindre qualité.

Le chocolat des Français entend être le mix idéal entre ces deux stratégies. Issus d’études d’art, les fondateurs ont misé sur l’innovation alimentaire au travers d’un emballage orné d’une œuvre d’art, un papier illustré que l’on déchire pour déguster une tablette à la hauteur de son packaging. Depuis cinq ans, 500 artistes ont posé leur crayon sur l’emballage, dont quelques célébrités comme Zep, le créateur de Titeuf.

Une seule contrainte au cahier des charges : évoquer la France et sa culture. Avec leur french touch, les chocolatiers revendiquent la richesse et l’héritage du chocolat de l’Hexagone.

Shanty et ses biscuits : vous avez un message 

S’appuyant sur les réseaux sociaux, Shanty, jeune entrepreneure, tient depuis six ans sa biscuiterie grâce à son site. Mais l’innovation alimentaire passe également par la communication. Elle s’appuie donc surtout sa communauté sur Facebook et Instagram. Sa marque commercialise des biscuits avec un message personnalisé. EVJF, mariage, entretiens d’embauche…

Tous les mots sont permis et sa communauté se reconnaît dans les petits messages des gâteaux. Pour confectionner ses biscuits, Shanty utilise des machines standards sur lesquelles elle a installé un nouveau process.

Les messages sont le premier objectif, mais la marque pense quand même à soigner ses biscuits. Il existe une dizaine de parfums sucrés, et une gamme salée devrait bientôt faire son apparition. Parmi ses clients, Shanty compte Chanel, Yves Saint-Laurent ou encore Air France.

Le retail a encore son mot à dire face aux achats en ligne

Les achats en ligne augmentent. Dans le luxe, les achats en ligne sont à 8% du marché, et on prévoit une évolution proche de 20%. Néanmoins, le retail est en croissance forte et on parle de plus en plus de l’expérience client. La marque doit montrer un visuel, un matériau, un logo… et mobiliser tous les sens.

Agence Cent Degrés avait repensé le retail de la maison Cartier pour son département parfums en imaginant une fontaine pour remplir des échantillons devant le client. De la même façon dans l’alimentaire, l’épicerie fine doit miser sur l’innovation alimentaire pour son expérience client, faire vivre un univers et des émotions à ses consommateurs.

Le succès des formats de boutiques éphémères

Le chocolat des Français a transformé l’essai de la boutique éphémère, misant sur l’innovation alimentaire. La chocolaterie convie des illustrateurs pour des tablettes personnalisées en direct. L’expérience est différente du site web, représentant même une plus-value, puisque 70% des ventes en retail dans l’univers du luxe viennent d’une consultation de la boutique en ligne. Avoir vu le produit en magasin peut décider l’achat.

Pour autant, la vente n’est pas toujours l’objectif premier. Shanty a par exemple tenu un pop-up store, non pas pour vendre ses biscuits, mais pour les faire goûter en créant un univers déjanté : le Shanty motel, avec piscine, cocktail, biscuits en forme de clé d’hôtel. Ajoutant un partenariat avec une marque de vernis à ongles (OPI), Shanty ancre sa marque dans un esprit ludique.

Saveurs d’étoiles confirme cette tendance lourde qui fait revenir au premier plan les savoir-faire et les métiers d’art. Les événements où le public intervient doivent faire vivre une expérience mémorielle. La scénographie devient capitale pour les chefs et les mets d’épicerie fine.

L’innovation alimentaire doit servir l’expérience client. Celle-ci doit promettre des émotions, du souvenir, de l’authenticité, des convictions et du sens. Désormais, le consommateur veut être acteur et dépasser l’aspect distant et froid de l’épicerie fine en ligne. Cette dernière doit même repenser son vocable traditionnel d’épicerie fine. Le client en ligne et le client retail parlent le même langage, il faut créer des ponts entre les deux typologies.

Intervenants : Shanty, SHANTY BISCUITS ; Paul-Henri Masson, CHOCOLAT DES FRANÇAIS ;  Isabelle Racine, SAVEURS D’ETOILES et Elie Papiernik, CENT DEGRES