Lors de l’édition 2025 du salon Gourmet Selection, à l’occasion de la table ronde intitulée « L’art de vendre le goût en images » et à travers le prisme du Festival International de la Photo Culinaire (FIPC), Guillaume Van Santen, photographe festivalier, lauréat du Prix Champagne FIPC 2023, est intervenu aux côtés de Jean-Pierre Stephan, président fondateur du Festival International de la Photo Culinaire (FIPC), et de Laurent Rodriguez, photographe festivalier et lauréat de plusieurs Prix FIPC.
Publié le 17 décembre 2025 à 12:18 | Modifié le 16 juin 2026 à 1:16
Guillaume Van Senten y dévoile les principes essentiels d’une image culinaire réussie, la manière de traduire l’émotion du goût, l’usage mesuré de l’IA et les bonnes pratiques pour aider marques et commerces à créer un univers visuel cohérent et séduisant.
Portrait de Guillaume Van Senten du studio Cécile et Guillaume Set design & photographie

Quelles sont, selon vous, les clés d’une photographie culinaire réussie lorsqu’il s’agit de mettre en valeur un produit fin ou gastronomique ?

Tout part de la cohérence. Le décor, la palette de couleurs et la lumière doivent prolonger l’univers de la marque. On ne photographie pas seulement un produit, on raconte une histoire qui doit rester fidèle à son identité visuelle.

Chaque image doit s’inscrire dans une continuité : cohérence entre les visuels, constance dans le traitement de la lumière, dans les matières, dans l’ambiance. La mise en lumière joue un rôle clé : elle doit sublimer les textures, révéler la brillance et la matière, créer ce relief qui donne envie. Une belle photographie culinaire, c’est avant tout un équilibre entre précision technique et sensibilité artistique.


Comment traduire en image l’émotion du goût et de l’expérience sensorielle, alors que la photo reste un médium purement visuel ?

C’est sans doute la partie la plus subtile du métier. L’émotion du goût passe par la suggestion : il faut la provoquer. Le travail du styliste culinaire est essentiel, car il prépare le produit comme un chef travaille son assiette : chaque détail compte. Les jeux de texture, la lumière, la brillance, la couleur, la matière… Tout doit éveiller une sensation immédiate. Il faut que le cerveau imagine une saveur, une consistance et un parfum avant même de comprendre ce qu’il regarde.

C’est le même principe qu’au restaurant : l’expérience commence avant la première bouchée. La photographie doit reproduire ce moment suspendu où l’œil devance le goût.


L’intelligence artificielle ouvre de nouvelles possibilités créatives : comment l’intégrer sans perdre l’authenticité et le savoir-faire photographique ?

L’intelligence artificielle ne remplace pas le photographe, elle élargit son champ d’action. Elle permet de concevoir des décors ou des ambiances impossibles à créer en studio sans budget démesuré, ou d’imaginer des univers surréalistes tout en restant cohérent avec le storytelling de la marque.

Mais le regard du photographe reste fondamental : c’est lui qui garantit l’équilibre entre innovation et réalisme, entre image rêvée et respect du produit. L’IA devient alors un outil de direction artistique : elle aide à explorer, à esquisser des concepts, à décliner une campagne sur différents supports de manière plus fluide et plus rentable, tout en maintenant l’authenticité du regard initial.

 

On voit souvent des images trop centrées sur le produit, avec un cadrage frontal ou une étiquette mise en avant, comme sur une fiche catalogue. Cela fonctionne en affichage ou en PLV, mais pour le web et les réseaux sociaux, le public attend autre chose : il veut être embarqué dans un univers.

Le visuel doit susciter une émotion avant de délivrer une information. Créer un décor, une ambiance, un contexte, c’est ce qui rend une image mémorable et identifiable.

Il faut aussi savoir faire confiance au créatif choisi pour la campagne. On sélectionne un photographe ou un studio pour sa sensibilité, sa vision, le son . Lui donner de la liberté, c’est lui permettre d’exprimer pleinement cette singularité qui fera la différence. C’est souvent là que naissent les campagnes les plus fortes.


Pour un commerçant ou une petite marque disposant de moyens limités, quels conseils donneriez-vous pour produire des images impactantes et cohérentes avec leur identité ?

Tout commence par une idée claire : quelle histoire veut-on raconter ? Même avec peu de moyens, si la narration est juste, l’image aura de la force. Travailler directement avec un photographe ayant une vraie culture de direction artistique peut être une excellente option. Il pourra concevoir une campagne complète, adaptée à la marque, sans passer par une structure lourde.

Ensuite, soigner la présence sur les réseaux sociaux : c’est aujourd’hui le premier espace d’expression visuelle d’une marque, souvent plus parlant qu’un site.

Enfin, oser sortir des codes. Un visuel un peu décalé, une idée forte, une lumière différente, marquent bien plus qu’une image trop lisse. L’exemple d’ARMIN, une jeune marque d’armagnac que nous avons accompagnée lors de son lancement, illustre bien cela : leur campagne, réalisée avec une forte contrainte de coût, a assumé un ton audacieux, à contre-courant, et les retours ont été excellents. La campagne complète est visible sur notre site web : https://cecileetguillaumestudio.com/armin

Retrouvez l’ensemble des professionnels du secteur de l’épicerie fine et de qualité au salon Gourmet Selection du dimanche 7 au lundi 8 juin 2026 à Paris Expo - Porte de Versailles Pavillon 7.2.


Retrouvez également l’article sur la table ronde : L’IA comme assistant personnel pour faciliter le quotidien d’un commerçant