Dans la rubrique Économie du magazine A Goût Sûr du salon Gourmet Selection, on s’intéresse aux équilibres que doivent aujourd’hui trouver les épiciers indépendants pour assurer la pérennité de leur activité. Entre diversification des services, ancrage territorial et maîtrise des coûts, l’épicerie réinvente ses modèles pour rester rentable sans renoncer à son rôle de commerce de proximité. De la renaissance des épiceries multiservices en milieu rural aux leviers concrets pour préserver les marges, éclairage sur les nouvelles recettes de la croissance.
Publié le 12 février 2026 à 9:26 | Modifié le 24 février 2026 à 8:43

En ruralité, l’épicerie reprend ses quartiers

Terrasse de café dans une rue pavée d’une ville méditerranéenne, avec une table dressée au premier plan, des chaises pliantes colorées, des façades aux tons chauds et un clocher en arrière-plan.

Si les épiceries sont largement associées aux centres-villes, la ruralité n’a pas dit son dernier mot. Face à la désertification, fédération, collectivités et porteurs de projets unissent leurs forces pour faire (re)naître un modèle plein d’avenir : l’épicerie multiservices.

Plusieurs décennies après la fermeture de la dernière épicerie du village, les 600 habitants de Lüe (Landes) s’apprêtent à bénéficier d’un nouveau lieu de vie. Sous l’impulsion de la maire Patricia Cassagne, la collectivité a lancé un appel à projet pour réhabiliter l’ancienne Poste afin de lui redonner une fonction essentielle. Au printemps 2026, Tiffany Plassin ouvrira ainsi les portes de son épicerie multiservices. C’est justement cette vision du commerce qui lui a permis de convaincre la mairie : « Nous avons été séduits par l’approche de Tiffany. Elle nous a proposé un commerce de proximité qui soit aussi un lieu de services, de rencontres et de lien social », précise Patricia Cassagne.

En plus d’une offre alimentaire, l’épicerie de Lüe fera également office d’agence postale et de relais colis. Un espace permettra aux habitants de s’installer pour boire un café. Enfin, pour les personnes plus isolées ou qui ne peuvent pas se déplacer, Tiffany proposera la livraison à domicile, un coup de main pour ranger les courses… et surtout un moment d’échange. « Mon oncle et ma tante étaient boulangers. J’ai grandi dans un commerce où on prenait le temps. J’avais envie de recréer ça », confie-t-elle. Pour concrétiser son projet, la mairie de Lüe a bénéficié de l’accompagnement de l’Agence Nationale de la Cohésion des Territoires (ANCT), du pôle Économie des territoires de la Direction générale des Entreprises et de la communauté de communes des Grands Lacs. Autant de soutiens publics et privés indispensables pour concevoir, financer et pérenniser ce modèle économique de proximité.

L’exemple de Lüe illustre la nouvelle mission des épiciers en ruralité. Là où la clientèle est plus restreinte, la diversification devient la clé de la viabilité. Ils se doivent de développer des services complémentaires, de proposer une offre de restauration, d’être un point d’information touristique. Le commerce devient à la fois un point de vente, un lieu de vie et un vecteur de lien social. Une manière, aussi, de pallier le recul du service public. Un point de vue partagé par la Fédération des Épiciers de France : « En ruralité, on croit (à tort) que tout est fichu et qu’on va s’en sortir avec des distributeurs automatiques. Le projet de Lüe redonne de l’espoir ! », conclut Aurélien Bertrand, membre de la Fédération et épicier à Laroque-de-Fa (Aude).


Moins de charges, plus de marges : l’équation à résoudre des épiciers

Immobilier, énergie, moyens de paiement… Pour un commerce indépendant, les frais fixes pèsent lourd. Pourtant, certaines lignes de dépenses peuvent se transformer en véritables leviers d’économie. À condition d’y regarder de plus près.

Logo de l’association « Épiciers de France » avec un emblème stylisé noir sur fond gris clair, entouré d’un contour doré et blanc.

Le bail commercial, premier levier d’action

La première étape consiste à éplucher son bail commercial. Comme le rappelle Vicky Vaglica, experte en immobilier commercial et formatrice à la Fédération des Épiciers de France, « 1€ qui n’entre pas dans la poche de votre propriétaire, reste dans la vôtre ». Le contrat de location intègre souvent des charges de copropriétés dont les commerçants ne bénéficient pas toujours : entretien des parties communes, gestion des déchets, sécurité… Le rapport de force ayant changé, il ne faut pas hésiter à ouvrir la discussion avec son propriétaire au moment de la négociation (ou renégociation) de son bail.

 

Petits gestes, grandes économies d’énergie

Avec l’augmentation du coût de l’énergie, améliorer la performance énergétique du magasin est devenu incontournable. Comme souvent, les petits gestes comptent : passer aux ampoules LED (qui consomment 6 fois moins et durent au moins 5 fois plus longtemps selon UFCQueChoisir), opter pour des meubles froids fermés, assurer l’entretien des moteurs de réfrigérateurs, programmer l’éclairage, la ventilation et le chauffage selon les horaires d’ouverture. Et pour aller plus loin, les courtiers en énergie permettent d’alléger les factures grâce à des tarifs négociés collectivement.

 

Reprendre la main sur les frais bancaires

Le paiement par carte bancaire est plébiscité par la majorité des clients mais reste coûteux pour les commerçants. S’il est difficile de s’en passer, il est possible de contourner la location d’un TPE classique grâce aux terminaux de paiement mobile, plus abordables. Comme les particuliers, les professionnels peuvent aussi négocier une partie des commissions prélevées par leur banque sur les paiements en carte bleue. Enfin, les commerçants ont la possibilité de définir leur réseau de paiement préféré (CB, Visa ou Mastercard) directement sur leur terminal de paiement pour opter pour les commissions les plus avantageuses. La Fédération des Epiciers de France préconise de privilégier le réseau de paiement français, Cartes Bancaires CB. Avec CB, les coûts de traitement des transactions sont jusqu’à 10 fois inférieurs à ceux des concurrents américains.

Renégocier, entretenir, comparer : trois réflexes qui, mis bout à bout, peuvent redonner un peu d’air aux marges des commerces indépendants.

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Crédit image : Cleverdis