Interrogée à l'issue de l'édition 2026, Marion Sauveur ramène le métier à trois gestes. Accueillir, exposer, sourcer. Et elle place immédiatement une condition sur le troisième. « Un point essentiel, c'est d'aller chercher les bons produits au bon endroit et de raconter leurs histoires. Et ça, c'est le meilleur pour moi chez les épiciers, c'est comme ça qu'on se distingue et qu'on distingue un très bon épicier. » La phrase est courte, mais elle déplace la frontière du métier. Le sourcing n'est pas un acte d'achat qui se termine à la commande, c'est une chaîne qui ne se referme qu'au comptoir.
Trois qualités observées chez les lauréats
Le Jury du Concours La Meilleure Épicerie de France 2026 s'est réuni pour examiner 80 candidatures, évaluées selon l'originalité du concept, la mise en valeur de l'offre, la qualité du sourcing, l'ancrage territorial, le sens du service et l'engagement au quotidien. Marion Sauveur y siégeait aux côtés d'Aurélien Bertrand, Michel Granseigne, Alexis Roux de Bézieux et Théo, sous la présidence de Fernando Medina Zenoff, Directeur du Salon.
Ce qu'elle en retient tient en trois qualités. « Des qualités d'accueil, puisque je trouve que de pouvoir entrer dans une épicerie et d'avoir le sourire, c'est indispensable. Les qualités d'exposition, puisqu'il faut savoir mettre en valeur un produit. » Puis le sourcing raconté. Les deux premières sont visibles dès le seuil franchi, la troisième se joue en amont, sur les routes et dans les fermes, et ne devient perceptible qu'au moment où l'épicier en parle.
La passion revient comme dénominateur commun entre les épiceries distinguées cette année. « Je pense que c'est véritablement la passion. Pour être épicier, il faut être vraiment passionné parce qu'on donne de son temps. Certains travaillent sept jours sur sept et ne s'arrêtent jamais. Et il faut aller chercher la petite pépite dans son terroir, découvrir les nouveaux produits et toujours apporter ce service au client qui vient franchir la porte. »
Ce que les consommateurs réclament, précisément
Cette exigence de récit rencontre une demande documentée. Selon l'enquête Ipsos « Les Français et la consommation de produits locaux », réalisée pour E.Leclerc du 7 au 9 avril 2025 auprès de 1 097 personnes représentatives de la population française et publiée le 16 juin 2025, 76 % des consommateurs se déclarent préoccupés par l'origine géographique des produits qu'ils achètent et 71 % par les procédés de traçabilité.
Interrogés sur les informations qu'ils aimeraient trouver en magasin, toujours d'après le rapport complet de cette enquête Ipsos pour E.Leclerc, ils placent en tête l'origine précise du produit, ville ou département (71 %), devant les méthodes de production (53 %), les certifications et labels (39 %) et l'histoire du producteur (31 %).

Une épicerie rurale primée pour cette raison exacte
Le palmarès 2026 a distingué cinq établissements, dont L'Empreinte, ouverte en 2023 à Corzé, dans le Maine-et-Loire, par Clémence Charreau, lauréate du Prix de l'Épicerie Rurale. La démarche initiale était de préserver le dernier commerce du village. C'est Marion Sauveur qui a signé le mot du jury.
« On ne peut que saluer la démarche de Clémence, qui tient cette épicerie de proximité en proposant de multiples services et surtout en valorisant au maximum les produits de son terroir. J'aime particulièrement son engagement auprès des agriculteurs locaux et la mise en valeur de leurs produits. Le tout à un prix juste, avec même des promotions anti-gaspi. » Les quatre autres lauréats, Le Comptoir Corrézien à Paris, La Ferme à Carcassonne, L'F by Dominique Ferrero à Porticcio et Repas de Cave à Dives-sur-Mer, ont été retenus sur des logiques comparables, la traçabilité assumée, la sélection resserrée, le conseil comme prolongement naturel de l'assortiment. Les prix ont été remis le lundi 8 juin sur le salon.
Une offre qui s'est densifiée en boutique
Le regard que Marion Sauveur porte sur l'évolution du secteur explique en partie pourquoi le récit devient décisif. « Aujourd'hui, quand on va dans une épicerie fine, on a vraiment tout le savoir-faire des producteurs au même endroit. On a à la fois de la fromagerie, des produits de petits producteurs, des produits qui sont mis dans un packaging, du produit frais. » Elle insiste sur le fait que cette densité ne dépend plus de la taille de la commune, « que ce soit dans une épicerie d'un petit village ou une épicerie dans les grandes villes ».
Plus l'assortiment s'élargit, plus la hiérarchie entre les références devient illisible sans médiation humaine. Cette bascule structure d'ailleurs L'Instantané des Tendances 2026, dont deux des dix signaux portent directement sur ce terrain, la transparence comme nouveau label de confiance, et le passage du point de vente à la marque incarnée. Le métier tel que le défend la Fédération des Épiciers de France, organisation professionnelle qui représente les épiciers indépendants et forme les futurs professionnels du secteur à travers son centre de formation intégré, se déplace ainsi vers le conseil et la prescription.
Ce que le salon met dans le panier
Reste la question de la matière première du récit. Elle se collecte, et c'est là que Marion Sauveur situe la fonction du salon. « Quand on est épicier, ça nous permet d'aller chercher une pépite qui a gagné peut-être un prix, de la découvrir et de la proposer à son client à l'autre bout de la France. Et ça, c'est génial de pouvoir apporter le savoir-faire de quelqu'un derrière un produit et de le présenter, de raconter son histoire. »

Le concours Best Of, qui distingue les nouveautés de l'épicerie de qualité, et L'Épicerie de Gourmet, boutique éphémère installée au cœur des allées, fonctionnent exactement sur ce registre, donner à voir le produit dans un contexte, avec ce qui l'entoure. Les dégustations des produits primés, organisées en 2026 en partenariat avec la Fédération des Épiciers de France, ont prolongé cette logique en réunissant autour d'une même table des professionnels aux parcours complémentaires, apprentis compris.
Les gourmandises dominent ce qu'elle a vu dans les allées. « On trouve beaucoup de gourmandises, c'est surtout ça. Beaucoup de produits sucrés et les petites guimauves, vous voyez comme on trouve chez les pâtissiers, elles apparaissent aussi aujourd'hui. On a beaucoup de gourmandises au niveau du salé, avec des petits biscuits apéritifs. » Ce foisonnement, elle le ramène à l'échelle de la boutique plutôt qu'à celle du marché. « Chaque épicier peut trouver sa petite pépite de manière différente, en fonction de ce qu'il recherche et de ce qu'il a envie de proposer à son client. »
Ce qu'il reste à faire en boutique
Elle suppose de connaître ses producteurs assez bien pour en parler sans notes, de tenir cette connaissance à jour au rythme des nouveautés, et de la transmettre à toute l'équipe pour qu'elle survive à l'absence du patron un samedi matin. « Garder le sourire, on a beau beaucoup travailler, il faut garder ce sourire, c'est essentiel », ajoute-t-elle, en refermant la boucle sur la première des trois qualités.
Pour poursuivre ce travail de collecte, retrouvez producteurs, artisans et distributeurs à la prochaine édition de Gourmet Selection, les 13 et 14 juin 2027 à Paris Expo Porte de Versailles.
