Détente des prix, récoltes hétérogènes, exigences réglementaires renforcées : la campagne oléicole 2025-2026 ouvre une séquence de normalisation après deux années extrêmes. À la veille de Gourmet Selection 2026, les indicateurs économiques et qualitatifs dessinent un marché plus stable mais transformé en profondeur.

La filière oléicole tourne une page. Après la flambée de 2022-2024, portée par des sécheresses répétées en Europe du Sud, la campagne 2025-2026 marque un retour à des volumes plus confortables et à des cours nettement détendus. Pour les acheteurs de l'épicerie de qualité, la donne change : les arbitrages se déplacent du seul prix vers la provenance, le profil sensoriel et la traçabilité. Les exposants attendus à Gourmet Selection, du 7 au 8 juin 2026 à Paris Expo Porte de Versailles, abordent ce rendez-vous avec des stratégies d'offre renouvelées.

Un bassin méditerranéen qui retrouve ses volumes

Les premières estimations publiées à l'automne 2025 situent la production mondiale d'huile d'olive 2025-2026 entre 3,0 et 3,2 millions de tonnes, selon les aforos nationaux relayés par Jusdolive.fr. Un niveau stable par rapport à 2024-2025, mais encore en retrait par rapport aux 3,4 à 3,5 millions de tonnes enregistrés entre 2018 et 2020. L'Espagne consolide sa position de leader avec près de 40 % de la production mondiale d'olives, devant la Tunisie, qui pèse désormais 13 %, d'après les données compilées par Les Marchés / Réussir à partir des prévisions FAO.

L'Union européenne reste le poumon de la filière. Sur les 11,1 millions d'hectares d'oliveraies recensés dans le monde en 2023 selon FAOstat, l'UE en concentre près de la moitié, soit 5 millions d'hectares. L'Italie, pénalisée en 2024-2025 par une sécheresse estivale sévère, est attendue en reprise. La Grèce et la Turquie, elles, tablent sur un léger repli, conséquence directe des aléas climatiques.

Des mains triant des olives dans un panier. En arrière-plan, un verger d'oliviers et une maison. L'atmosphère est rustique et naturelle.

En France, le marché s'appuie très largement sur les importations : environ 114 000 tonnes d'huile d'olive arrivent chaque année, principalement d'Espagne et d'Italie, d'après l'étude prospective oléicole publiée en avril 2025 par Chambres d'agriculture France et relayée par le Centre d'études et de prospective du ministère de l'Agriculture. La consommation française a connu une progression remarquable sur vingt-cinq ans, passant de 44 000 tonnes à environ 110 000 tonnes. Un marché qui demeure stratégique pour les distributeurs spécialisés de l'épicerie de qualité.

Production française 2025-2026 : l'équation des extrêmes

À l'échelle nationale, la campagne 2025-2026 reste marquée par un contraste territorial. Si les Alpes-Maritimes ont connu une récolte plus difficile, l'Hérault et les Pyrénées-Orientales bénéficient en revanche d'une belle abondance, saluée par les mouliniers. Olivier Nasles, président de l'Interprofession France Olive, qualifie la saison « d'année correcte en quantités, mais exceptionnelle sur le plan aromatique ». La Provence livre des huiles AOP particulièrement fruitées, avec des notes intenses et une belle longueur en bouche.

Cette géographie de la production reste concentrée. Le département des Bouches-du-Rhône assure environ un tiers de la production nationale, tandis que le Gard et le Vaucluse représentent un quart supplémentaire. La filière compte désormais neuf AOP depuis la reconnaissance en octobre 2023 de l'huile d'olive du Languedoc. Les signes d'origine couvrent environ 30 % de la production française, selon les données sectorielles. Un socle qui permet aux huiles hexagonales de se valoriser à des prix nettement supérieurs à la moyenne des huiles importées.

Pour les professionnels de l'épicerie de qualité, cette hétérogénéité crée un enjeu d'approvisionnement. L'offre française, vendue principalement en circuits courts et sur des formats premium, se structure autour d'une promesse claire : traçabilité, origine protégée et typicité aromatique. Des acteurs comme Frantoio Muraglia (stand 7.2 E06), oliveraie familiale d'Andria dans les Pouilles transmise sur cinq générations et organisée autour de variétés monovariétales emblématiques (Coratina, Peranzana), illustrent la montée en puissance du sourcing sélectif et du positionnement identitaire fort, jusque dans la signature de leurs jarres en céramique peintes à la main par les artisans de la région.

Prix, normes, commerce : les déplacements du marché

Le mouvement le plus visible concerne les cours. Les prix de l'huile d'olive vierge extra espagnole sont passés de 903 euros les 100 kilos en janvier 2024 à environ 360 euros les 100 kilos en juin 2025, d'après les relevés de la Commission européenne. Une correction de près de 60 % en dix-huit mois, qui se traduit progressivement dans les rayons. En France, le prix moyen au litre, qui avait franchi le seuil de 5,70 euros en 2025, commence à refluer à mesure que les volumes espagnols reviennent. La FAO anticipe pour 2025-2026 une récolte mondiale similaire à la précédente, ce qui devrait maintenir les prix à distance des records historiques.

Mais 2025 ne se résume pas à une détente des cours. L'année a aussi reconfiguré le cadre réglementaire international. En juillet 2025, le Conseil oléicole international a adopté une révision de la norme commerciale applicable aux huiles d'olive et aux huiles de grignons, comme le détaille Jusdolive.fr dans son bilan des évolutions 2025. Les mises à jour portent sur de nouvelles méthodes d'analyse des cires, des triglycérides et des diglycérides, et sur l'ajustement de certains paramètres physico-chimiques. Ces décisions pèsent directement sur la façon dont les huiles sont contrôlées et commercialisées à l'international, et servent de base à l'harmonisation des normes nationales.

Les tensions commerciales, notamment avec les États-Unis, ont par ailleurs rappelé la vulnérabilité du secteur face aux décisions géopolitiques. L'Union européenne a intégré des clauses de sauvegarde agricole dans ses négociations avec le Mercosur, afin de protéger les filières méditerranéennes les plus exposées. Un équilibre fragile entre ouverture commerciale et préservation des modèles de production.

Le consommateur recalibre ses arbitrages

Le marché de l'huile d'olive entre dans une phase plus mature. Les consommateurs sont devenus plus regardants sur ce qu'ils mettent dans leur panier : origine, variété, méthode de pression, autant de critères qui pèsent désormais dans l'acte d'achat. Pour les épiciers fins, c'est un terrain favorable. Le rayon s'enrichit de cuvées plus narratives, plus précises, où la signature du producteur prime sur le simple repère "huile d'olive". L'huile biologique pèse aujourd'hui près d'un cinquième du marché français, et les innovations s'enchaînent du côté des fruités verts et mûrs, des assemblages travaillés ou des récoltes précoces qui sortent désormais des seuls cercles d'initiés.

Les tendances de l'épicerie de qualité 2026, décryptées dans le Livret des Tendances de Gourmet Selection, confirment cette orientation : ancrage local, recherche d'authenticité, attention portée à la transparence d'origine. Autant de leviers sur lesquels la filière oléicole française et ses partenaires méditerranéens peuvent s'appuyer pour consolider leur présence dans les linéaires spécialisés.

L'olive sous toutes ses signatures à Gourmet Selection

Sur le salon, l'éventail de la filière se déploie en un seul lieu. Alziari (stand M32) défend son AOP Nice et la variété Cailletier, perpétuées depuis 1868 dans le dernier moulin de la ville. Frantoio Muraglia (stand E06) vient des Pouilles avec ses jarres en céramique iconiques et ses monovariétales Coratina et Peranzana. Mate Olive Oil (stand L31) raconte l'aventure d'une oliveraie istrienne classée parmi les meilleures du monde par le guide Flos Olei.

Pour les acheteurs en quête de découvertes, Ad Olivetum (stand L21) déroule une sélection d'huiles grecques, espagnoles et italiennes pensées comme des vins, terroirs et accords à l'appui.

Et pour l'apéritif, Aceitunas Llorens (stand F40) apporte ses olives sevillanes et gazpachas, fruit d'un siècle de tradition familiale espagnole.

Deux jours pour composer son rayon, rencontrer les producteurs et goûter ce que la Méditerranée fait de mieux.