L'épicerie de qualité, nouveau levier de différenciation pour l'hôtellerie et la restauration.
Publié le 27 avril 2026 à 11:35 | Modifié le 29 avril 2026 à 10:35

Symbole de qualité et de savoir-faire, l'épicerie séduit de plus en plus les acteurs de l'hôtellerie. Dans un secteur où l'expérience culinaire devient un marqueur de différenciation, les produits d'épicerie fine y trouvent naturellement leur place, du room-service au plateau de courtoisie, en passant par la carte du bar.

Réinventer l'hospitalité par le goût

Avec plus de 16 000 établissements recensés par l'Insee au 1er janvier 2025, le parc hôtelier français offre une richesse d'hébergements sans équivalent. Après tout, la France n'est pas la première destination touristique mondiale par hasard. Mais le revers de la médaille existe : des lieux qui finissent par se ressembler, une expérience trop souvent standardisée et des services sans singularité.

Résultat, une uniformité qui lasse 45 % de la clientèle, selon les enquêtes menées auprès des voyageurs par le cabinet Coach Omnium, spécialiste des études de clientèles en hôtellerie. À force de vouloir plaire à tout le monde, on finit par ne plus marquer personne.

Pourtant, les hôteliers ont un atout dans leur manche : leur lien naturel avec la gastronomie. Du petit-déjeuner au room-service, du plateau de courtoisie à la table de restauration, chaque instant de consommation peut devenir une opportunité d'émerveillement et un moyen d'incarner la promesse du lieu, tout en conjuguant fidélisation et ventes additionnelles.

Co-signer le menu d'un groupe hôtelier

En pleine pandémie, alors que les restaurants d'hôtels étaient contraints de fermer, le groupe Atypio (hôtels sous enseigne Mercure, Novotel, Hilton, Best Western, entre autres) cherche une solution pour maintenir un service de restauration de qualité. C'est là qu'intervient Aix&Terra. « Ils sont venus nous voir car leurs clients ne pouvaient plus s'attabler au restaurant. Nous avions déjà une offre existante, facilement transposable en room-service », se souvient Richard Alibert, fondateur de la marque et Manufacture éponyme.

De cette contrainte sanitaire est né un concept de restauration inédit, À l'épicerie, une carte de restauration déclinée de la Table-Épicerie historique de la Manufacture, co-créée entre Aix&Terra et les chefs du groupe, à partir des produits de la maison. Aujourd'hui, le concept est déployé dans 25 établissements en France. Dans ces hôtels, l'expérience se prolonge jusque dans le lobby avec une boutique d'épicerie fine, où les clients peuvent repartir avec les produits qu'ils ont découverts à table. « Cela représente un partenariat solide pour Aix&Terra », conclut Richard Alibert.

Enrichir l'expérience des hébergements insolites

Cabanes, yourtes et roulottes au cœur de la nature. L'hébergement insolite séduit une clientèle en quête d'évasion et d'authenticité. Derrière la promesse d'un moment de déconnexion, un défi se pose : offrir une expérience tout confort quand il n'y a pas d'offre de restauration aux alentours. Loin des standards de l'hôtellerie traditionnelle où il suffit de descendre au restaurant ou de décrocher son téléphone pour se restaurer, ces structures ont dû trouver une parade.

Conserverie gastronomique d'Aquitaine, Domaine Terra a rapidement attiré l'attention de deux acteurs touristiques régionaux, ÉcÔtelia (Gironde) et Les Landines (Landes), qui ont intégré les terrines végétales de la marque dans leurs formules de paniers-repas. Pratiques et locales, ces préparations s'accordent naturellement avec l'esprit écoresponsable de ces établissements. Elles apportent une touche de convivialité et de gourmandise à des séjours où chaque détail compte, devenant ainsi de véritables ambassadrices du terroir.

Personnaliser les séjours haut de gamme

Sachet de biscuits posé sur un oreiller blanc, accompagné d’une carte dans une chambre à l’ambiance chaleureuse.

En Dordogne, la dernière biscotterie artisanale de France cultive l'art de la collaboration locale. « Nous sommes dans une région très touristique avec des hôtels de luxe qui veulent mettre en avant les atouts du territoire », explique Sylvain Boucher, dirigeant de La Chanteracoise. « Travailler avec nous, c'est un plus pour l'expérience qu'ils proposent à leurs clients, mais aussi une opportunité d'accéder à l'étoile : la mise en avant des producteurs locaux est un critère dans la grille d'évaluation. »

Récemment, la marque a imaginé un format exclusif pour l'hôtel voisin Le Moulin du Roc 5 étoiles, un petit sachet de biscuits, personnalisé au nom du client et déposé en chambre pour une clientèle premium. Un clin d'œil gourmand qui illustre parfaitement la tendance du cadeau d'attention en hôtellerie haut de gamme. Cette initiative, encore récente, est pleine de promesses pour valoriser l'image de la marque et faire connaître ses produits. « L'hôtellerie de luxe est un excellent vecteur de communication. Les clients qui découvrent nos produits sur un plateau de courtoisie peuvent ensuite les reconnaître en boutique ou en épicerie fine », souligne Sylvain Boucher. « Cela n'a pas d'impact majeur sur notre chiffre d'affaires, mais c'est une belle vitrine pour notre savoir-faire. »

À travers ces initiatives, une conviction se dessine. L'épicerie de qualité ne se cantonne plus aux rayons spécialisés. Elle devient un outil de différenciation au service de l'hospitalité, capable de prolonger l'expérience client bien au-delà du séjour. Qu'il s'agisse de co-créer une carte, de repenser le panier-repas ou d'imaginer une attention personnalisée, elle ouvre de nouvelles voies pour relier gastronomie, territoire et émotion.

Le bar d'hôtel, miroir de l'identité d'un lieu

Alors que le minibar semble se transformer en espèce en voie de disparition (uniquement obligatoire pour les hôtels 5 étoiles selon les critères de classement Atout France), le bar d'hôtel devient, lui, une destination en soi.

Comme une invitation pour les non-résidents à s'infiltrer dans un cadre d'exception, le temps d'un verre : l'iconique Bar Hemingway du Ritz, le bien caché Rehab au sous-sol de l'Hôtel Normandy Le Chantier, La Terraza en rooftop du Terrass'' Hôtel, L'Office du Grand Hôtel-Dieu à Lyon ou encore La Caravelle de l'Hôtel Belle-Vue à Marseille, pour ne citer qu'eux.

Main déposant une fleur comestible sur un cocktail ambré dans un bar à l’ambiance chaleureuse.

Aujourd'hui, un hôtel se découvre autant par sa chambre que par son verre. La carte des boissons devient naturellement une manière d'exprimer l'identité d'un lieu, entre raffinement et éclectisme, pour séduire une clientèle multiculturelle.

Passage obligé, la sélection « vins et spiritueux » se doit de conjuguer des références internationales connues de tous avec des spécificités plus locales, valorisant le terroir environnant. Côté « cocktails », les mixologues repoussent les limites de la créativité pour offrir une expérience de dégustation à la hauteur de l'effet de surprise attendu par la clientèle. Les déclinaisons sans alcool sont traitées avec la même exigence.

Reste les « boissons chaudes », encore cantonnées aux classiques. Cafés de spécialité, laits végétaux, matcha, cold brew, alternatives sans caféine, autant de tendances dont pourraient s'inspirer les hôtels pour combler une clientèle désormais habituée à ces nouvelles propositions popularisées par les coffee shops.

Ces passerelles entre épicerie de qualité et hôtellerie-restauration font partie des dynamiques régulièrement observées sur Gourmet Sélection, qui réunit producteurs artisanaux et prescripteurs du secteur CHR (cafés, hôtels, restaurants) autour des produits qui font la différence en matière d'expérience client.