À l'Agora des Experts de Gourmet Selection, Charlène Gilouppe est intervenue sur les dix signaux de L'Instantané des Tendances 2026 et sur les idées reçues qui freinent le marketing digital des commerces indépendants.
Publié le 10 septembre 2026 à 7:53 | Modifié le 10 septembre 2026 à 8:25

Rencontrée sur le salon, la rédactrice spécialisée dans l'alimentation relie les deux sujets. Ce qu'un client attend d'un produit, une origine claire, une histoire, une expérience de goût, il l'attend aussi de la boutique qu'il cherche en ligne, et une fiche d'établissement gratuite suffit pour commencer.

Une observatrice du secteur, des tendances aux outils digitaux

Charlène Gilouppe est rédactrice spécialisée dans l'alimentation depuis une dizaine d'années. Passée par le brand content de deux entreprises de la foodtech, Quitoque puis epicery, elle accompagne aujourd'hui en indépendante des marques, des lieux culinaires et des salons sur leur identité éditoriale.

Au programme de l’Agora des Experts, d'abord avec la conférence « Tendances 2026 : les 10 signaux de l'épicerie de qualité », puis, en fin de journée, avec une intervention consacrée aux idées reçues sur le marketing digital des commerces indépendants. Elle a aussi profité du salon pour arpenter les allées du salon. « Je suis au salon pour parler des tendances du secteur et du marketing digital sur l'Agora des Experts, et pour explorer les allées et découvrir les nouveaux produits qui font le secteur », résume-t-elle.

Le produit ne se vend plus seul

Sa première observation porte sur la façon dont le consommateur aborde le rayon. « Aujourd'hui, quand le consommateur vient chercher des produits d'épicerie, c'est avant tout pour se faire plaisir. Il ne va pas juste chercher un produit pour ce qu'il est, mais pour tout ce qui se passe autour : les valeurs que défend son fabricant, la composition nutritionnelle, les apports qu'il peut lui apporter, mais aussi toute l'histoire autour du produit et l'expérience du goût. » Pour le détaillant, cela change la manière de présenter l'offre. « Au-delà de présenter le produit, il faut présenter tout ce qu'il apporte au consommateur et l'expérience qu'il va pouvoir vivre en le dégustant », poursuit-elle.

Cette lecture rejoint les données relayées par L'Instantané des Tendances 2026 de Gourmet Selection. D'après le Baromètre de la Consommation des Français réalisé par L'ObSoCo pour Foire de Paris auprès de 2 000 personnes fin 2025, pour 6 Français sur 10, consommer, c'est désormais vivre une expérience. La même enquête montre que la qualité exceptionnelle du produit rend un achat « extraordinaire » pour 43 % des répondants, devant l'histoire qu'il y a derrière (31 %) et la rencontre humaine occasionnée par l'achat (30 %), et que 93 % des Français seraient intéressés de passer une journée avec un artisan pour découvrir son métier, les métiers de bouche en tête. L'Instantané retient d'ailleurs « l'appel aux sens comme levier d'achat » parmi les dix signaux à suivre cette année. Une fiche produit qui raconte le producteur, le terroir et le geste de fabrication ne relève donc pas du supplément d'âme. Elle répond à une attente mesurée.

Étagère d’épicerie fine présentant des bouteilles et une sélection de coffrets alimentaires.

La transparence, tendance de fond pour les prochaines années 

Parmi les évolutions observées, une seule lui semble structurante sur le long terme. « La tendance qui va le plus marquer les prochaines années, c'est la notion de transparence. Les consommateurs sont de plus en plus attentifs à ce qui se passe dans leur assiette. Ils sont beaucoup plus curieux et veulent des produits qui montrent patte blanche sur l'origine de fabrication, la composition nutritionnelle, mais aussi les engagements qu'ils véhiculent, les labels, les engagements sociaux. » Aucune catégorie n'y échappe selon elle, des boissons aux produits sucrés et salés.

Les enquêtes d'opinion confirment cette attente. D'après une enquête Ipsos d'avril 2025 sur les Français et la consommation de produits locaux, 76 % des Français se disent préoccupés par l'origine géographique des produits alimentaires qu'ils achètent et 71 % par les procédés qui garantissent leur traçabilité. Interrogés sur les informations supplémentaires qu'ils aimeraient trouver en magasin sur les produits locaux, 71 % citent l'origine précise du produit, 39 % les certifications ou labels et 31 % l'histoire du producteur. L'Instantané des Tendances 2026 en fait son troisième signal, sous l'intitulé « la transparence, nouveau label de confiance ».

Pour une épicerie de qualité, cette exigence est une chance. Vous connaissez vos producteurs, vous visitez souvent leurs ateliers et vous pouvez expliquer une recette, une origine ou un mode de production mieux qu'une étiquette. Un panneau d'origine, la photo d'un producteur ou la mention d'un label sur l'étiquette de rayon peuvent ouvrir la conversation. Encore faut-il que cette information soit visible, sur vos étagères comme sur les supports numériques de votre boutique.

Nutrition et plaisir, la fin d'un arbitrage

Deuxième évolution relevée par Charlène Gilouppe, la manière dont le consommateur concilie santé et gourmandise. « L'alimentation a été beaucoup tournée vers la performance ces dernières années. On voulait des produits qui cochent beaucoup de cases, l'apport en protéines, l'alternative végétale. Aujourd'hui, le consommateur a envie de bien manger pour sa santé, mais il a aussi envie de se faire plaisir. On sent que beaucoup plus de marques essaient de tendre vers des produits qui cochent à la fois la case nutrition et la case plaisir. » Elle y voit un trait culturel. « En France, les gens aiment bien manger et se faire plaisir. Ils ne veulent pas avoir à choisir entre le plaisir et la nutrition. »

L'Instantané des Tendances 2026 décrit ce mouvement sous l'intitulé « la diversité alimentaire, nouvelle équation santé ». Dans les allées du salon, ses coups de cœur illustrent cette double promesse. « J'ai goûté pas mal de choses. Il y avait beaucoup de boissons sans alcool très intéressantes, mais j'ai eu un petit coup de cœur pour le beurre d'huile d'olive, un format super innovant et super bon. » Les nouveautés distinguées à chaque édition par le concours Best Of offrent aux détaillants un repérage rapide de ces produits qui cumulent innovation, saveur et lisibilité.

Pourquoi le digital est-il devenu incontournable pour les commerces indépendants ?

Cette attente d'histoire et de transparence ne s'arrête pas au produit. Elle s'applique à la boutique elle-même, et c'est là que les deux interventions de Charlène Gilouppe se rejoignent. « En tant que commerce indépendant, le digital peut offrir une vitrine de visibilité. Si un client cherche en ligne un commerce de proximité, il doit pouvoir trouver l'information, pour ne pas louper les opportunités commerciales. C'est aussi une belle manière de rester en lien avec ses clients et d'en attirer de nouveaux, en partageant ses produits, son histoire, la façon dont on fait son métier. »

Le dixième signal de L'Instantané des Tendances 2026, « de point de vente à marque incarnée », décrit précisément ce passage. Une épicerie qui raconte ses producteurs, ses arrivages et son savoir-faire en ligne prolonge le conseil donné au comptoir. Les dirigeants de petites entreprises en sont d'ailleurs convaincus. Selon le Baromètre France Num 2025 de la Direction générale des Entreprises, 78 % des dirigeants de TPE et PME estiment que le numérique apporte des bénéfices réels à leur entreprise, et soulignent notamment l'amélioration de la communication avec leurs clients et la contribution à l'augmentation de leur chiffre d'affaires.

L'idée reçue du budget

Pourquoi tant de commerces restent-ils peu actifs en ligne ? Charlène Gilouppe pointe un frein avant tout psychologique. « La première idée reçue, c'est la notion de budget. Le marketing digital coûterait très cher, et quand on est un commerce indépendant avec une petite équipe, on se dit qu'on n'a pas les moyens d'investir. Sauf qu'aujourd'hui, il existe plein d'outils gratuits qui permettent de faire de belles choses. » La ressource rare, selon elle, est le temps plutôt que l'argent. « Il faut y consacrer un tout petit peu de temps. Parfois, en une heure par semaine, on peut déjà faire des choses et être visible auprès de ses clients. »

Le même Baromètre France Num 2025 relève que la majorité des TPE et PME consacrent encore un budget spécifique à leurs projets numériques, mais que cette part recule légèrement. Pour une épicerie de quartier, la bonne nouvelle est que les premiers leviers de visibilité ne coûtent rien d'autre qu'une plage horaire bloquée dans la semaine.

Premier pas, la fiche d'établissement Google

« Le conseil à retenir sur la partie digitale, c'est de créer sa présence sur Google Business Profile », répond-elle lorsqu'il s'agit de ne garder qu'une recommandation. « C'est une mini vitrine digitale avec le nom du commerce, son adresse, ses horaires, mais aussi la possibilité de publier régulièrement des photos et des actualités. Cela nourrit le référencement naturel, et c'est gratuit. C'est la première étape pour commencer. »

Concrètement, la fiche d'établissement Google s'affiche sans frais dans les résultats de recherche et sur Google Maps. Elle permet de renseigner ses horaires, d'ajouter des photos, de publier des posts sur ses nouveautés ou ses événements et de répondre aux avis des clients.

Pour votre épicerie, l'heure hebdomadaire évoquée par Charlène Gilouppe peut se répartir simplement. Vérifiez vos horaires, surtout avant un jour férié. Photographiez un arrivage, une vitrine ou un producteur de passage. Publiez une actualité sur une dégustation ou un nouveau référencement. Répondez aux avis, y compris aux moins favorables. Chacun de ces gestes traduit en ligne la transparence et l'histoire que vos clients attendent désormais des produits que vous sélectionnez.

Prochaine édition les 13 et 14 juin 2027

Les concours du salon montrent que cette logique de marque incarnée est déjà à l'œuvre. La Meilleure Épicerie de France récompense depuis 2019 des détaillants qui réinventent le commerce de proximité par leur concept, leur ancrage local et leur sens du service. La prochaine édition de Gourmet Selection se tiendra les 13 et 14 juin 2027 à Paris Expo Porte de Versailles. À chaque édition, l'Agora des Experts prolonge ce travail de décryptage des tendances et des outils qui font grandir une épicerie de qualité.

Crédit images :

Haberdoedas - Unsplash