La façade, premier vecteur d’identité

Cette première impression joue un rôle déterminant dans la décision d’entrer. Audrey Lorel pose la question sans détour : « À quoi bon proposer les meilleurs produits, si personne ne franchit le seuil de votre magasin ? » Plus qu’un simple lieu de vente, « une épicerie fine est un lieu de plaisir, de partage et d’échange ». Cette promesse doit se ressentir dès le trottoir, grâce à une vitrine lisible, une scénographie travaillée et des messages clairs qui traduisent le positionnement de la boutique.
Avant même de penser identité graphique, Léa Karsenty insiste sur la nécessité de clarifier le socle stratégique. « Avant de penser logo ou typographie, il faut poser les fondations : le positionnement et la promesse. Qui êtes-vous ? À qui parlez-vous ? Et surtout, quelle valeur ajoutez-vous au-delà du produit ? » Cette réflexion conditionne la cohérence de l’ensemble de la communication, du lieu physique aux supports digitaux.
Authenticité et professionnalisme : trouver le juste équilibre
Lorsque vous communiquez sur vos produits, le ton adopté est central. Pour Marine Dion, « aujourd’hui le type de posture qu’il est possible d’adopter dans sa communication n’est plus aussi figé qu’avant ». Cet équilibre dépend de votre cible, de ses usages, mais aussi de votre propre personnalité. « Il est plus facile d’incarner une marque en y infusant un peu de sa propre personnalité », plutôt que de se contraindre à une posture artificielle.
Audrey Lorel rappelle que les deux notions ne s’opposent pas. « Pour moi, authenticité et professionnalisme ne sont pas antinomiques. » Les clients d’une épicerie fine recherchent à la fois la qualité des produits, le conseil et le sens. Selon elle, « le meilleur moyen d’allier authenticité et professionnalisme est de s’intéresser sincèrement aux produits qu'ils auront rigoureusement sourcés et de bien savoir parler, de partager avec passion des histoires humaines, de produits et de savoir-faire ». Le partage de recettes ou de suggestions d’usage participe aussi à cette relation de confiance.
Pour Léa Karsenty, l’authenticité est un levier puissant à condition d’être maîtrisé. « L’authenticité ne s’oppose pas au professionnalisme, elle le renforce. » Montrer les coulisses ou le quotidien peut être pertinent « si elle reste lisible et alignée avec l’univers de la marque ». L’enjeu est de rester juste, sans surjouer, et de préserver une image cohérente.
La lisibilité et la cohérence dans la communication
Une communication efficace repose sur la clarté du message. Marine Dion observe régulièrement « le manque de cohérence » et « le manque de lisibilité / clarté » dans la communication des commerces de proximité. La surcharge d’informations, des messages trop flous ou des supports hétérogènes compliquent la compréhension de l’offre et fragilisent l’image de marque.
Audrey Lorel fait le même constat. « Les principaux écueils que l’on observe reposent presque toujours sur des problèmes de lisibilité, tant sur le fond de l’offre que sur la forme avec une mauvaise hiérarchisation des informations. » Multiplier les supports, les typographies et les styles graphiques nuit à la cohérence globale. Dans un contexte où « l’attention des consommateurs et des internautes est précieuse », concentrer ses efforts sur une ligne définie devient un enjeu stratégique.
Léa Karsenty alerte également sur le fond du discours. « Une communication trop marketing, qui sonne faux » ou « de jolies images, mais sans substance » créent une distance avec le client. Pour éviter cet écueil, elle recommande de repartir du vécu réel de la marque, « ce qui se passe vraiment derrière le comptoir, dans l’atelier, au contact des clients ». Une communication juste est avant tout une communication incarnée.
Un langage de marque cohérent sur tous vos supports
Quel que soit le support, votre marque doit rester reconnaissable. Marine Dion recommande la mise en place d’une plateforme de marque. « Ce document va devenir la colonne vertébrale de la marque » en permettant « d'acter noir sur blanc les valeurs, le ton et le langage employé ». Partagée avec l’ensemble des personnes qui s’expriment au nom de la marque, elle garantit une cohérence durable, tout en laissant de la place à l’appropriation.
Pour Audrey Lorel, « il n’y a aucune différence à faire selon les supports ». La cohérence est la condition d’une identité forte. Elle invite à se poser une question structurante : « Comment souhaitez-vous que l’on parle de vous en votre absence ? » Les réponses doivent guider chacune de vos prises de parole, en boutique comme en ligne.
Léa Karsenty évoque un « fil rouge » qui traverse l’ensemble des points de contact. « L’idée, c’est que le client reconnaisse le même “ton de voix” et la même intention, qu’il lise une étiquette, un post ou un mail. » Cette continuité renforce la reconnaissance et la crédibilité de la marque.
Communiquer efficacement, même avec peu de moyens

Audrey Lorel rappelle que « la fiche google est gratuite et puissante pour des commerces de proximité ». Elle souligne également l’importance du bouche-à-oreille et de l’expérience client en boutique pour encourager recommandations et avis en ligne, notamment dans un secteur où l’achat cadeau joue un rôle clé.
Enfin, Léa Karsenty invite à valoriser l’existant. « Commencez par capitaliser sur ce que vous avez déjà : votre produit, votre histoire, votre regard. » Publier moins mais mieux, choisir un fil conducteur clair et « faire de votre boutique un média » figurent parmi les leviers les plus efficaces. Même avec peu de moyens, « la clé reste la même : clarté, cohérence, crédibilité ».
Cette table ronde a ainsi rappelé que la réussite d’une communication ne tient pas à la multiplication des supports, mais à la justesse du discours et à la cohérence de l’image, du premier regard en vitrine jusqu’aux mots partagés en ligne.

Retrouvez l’ensemble des professionnels du secteur de l’épicerie fine et de qualité au salon Gourmet Selection du dimanche 7 au lundi 8 juin 2026 à Paris Expo - Porte de Versailles Pavillon 7.2
Crédit image : Glenn Carterns-Peters Unsplash
Crédit image : Nathalie Savale
