La carte des distributeurs automatiques de billets se contracte d'année en année. Selon les données de la Banque de France, le territoire perd des points de retrait, en particulier dans les zones les moins densément peuplées.
Publié le 18 mai 2026 à 1:26 | Modifié le 18 mai 2026 à 1:56

La carte des distributeurs automatiques de billets se contracte d'année en année. Selon les données de la Banque de France, le territoire perd des points de retrait, en particulier dans les zones les moins densément peuplées. Pour de nombreux habitants, accéder à des espèces suppose désormais un déplacement en voiture, parfois sur plusieurs kilomètres. Dans cette géographie qui se vide, l'épicerie de village conserve un rôle d'ancrage. Dernier commerce ouvert, dernière vitrine éclairée le soir, elle est régulièrement sollicitée par une clientèle qui cherche du liquide à proximité immédiate, qu'il s'agisse de personnes âgées, de touristes de passage ou de salariés payés en partie en espèces.

Pour répondre à cette demande, un dispositif existe depuis 2018 : le cash back, ou retrait d'espèces à l'achat. Encadré par l'article L.112-14 du Code monétaire et financier, il offre aux commerçants un outil légal pour remettre des espèces à leurs clients lors d'un paiement par carte bancaire. Encore mal connu, ce service est pourtant un levier intéressant pour les épiceries de proximité, à la fois pour fidéliser leur clientèle, pour répondre à un besoin concret du quotidien et, le cas échéant, pour générer un revenu complémentaire. La Fédération des Épiciers de France revient ici sur les règles à respecter, les plafonds en vigueur, le traitement comptable et les bonnes pratiques à mettre en place.

En ruralité, l'épicerie est parfois le dernier commerce ouvert, le dernier lieu de service du quotidien. Alors, lorsqu'il n'y a plus de distributeur automatique de billets à proximité, une question revient souvent : un épicier peut-il proposer à ses clients le retrait d'espèces ?

La réponse est oui, mais pas n'importe comment.

Ce service existe juridiquement sous le nom de retrait d'espèces à l'achat, plus connu sous le terme de cash back. Il ne s'agit pas de devenir une banque mais simplement de permettre à un client, au moment où il règle un achat par carte bancaire, de payer un montant supérieur et de recevoir la différence en espèces.

Exemple : un client achète pour 20 € de produits. Il demande, avant le paiement, à retirer 40 € en espèces. Il règle alors 60 € par carte bancaire, et le commerçant lui remet 40 € en espèces.

Ce dispositif est prévu par le Code monétaire et financier. Il est réservé aux consommateurs agissant à des fins non professionnelles et doit obligatoirement être lié à l'achat d'un bien ou d'un service. Autrement dit, il n'est pas possible de venir uniquement retirer des espèces sans achat. Le service n'est pas non plus obligatoire pour le commerçant : chaque épicier reste libre de le proposer ou non.

Les montants à respecter

L'achat réalisé par le client doit être d'un montant minimum de 1 €. Le montant maximal pouvant être remis en espèces est de 60 €.

Le retrait d'espèces doit être demandé par le client avant l'exécution du paiement qui doit être effectué uniquement par carte bancaire. Il ne peut pas être proposé après coup, une fois l'encaissement réalisé.

Gratuit ou payant : les deux sont possibles

Le commerçant peut choisir de proposer ce service gratuitement ou de facturer une commission. C'est un point important : la loi n'impose pas la gratuité du service.

Si le service est facturé, la commission doit simplement être annoncée clairement au client avant le paiement.

Ce cadre doit être respecté avec attention : le non-respect des règles applicables peut être sanctionné par une contravention de 5e classe, pouvant aller jusqu'à 1 500 €.

Close-up of euro banknotes and coins.

Et fiscalement ? 

Le retrait d'espèces à l'achat doit aussi être bien traité en comptabilité.

La somme remise au client en espèces n'est pas une recette commerciale. C'est simplement une opération de trésorerie : le client paie plus par carte, et le commerçant lui remet la différence en espèces.

En revanche, si l'épicier facture une commission pour ce service, cette commission constitue bien une recette pour l'entreprise. Elle doit donc être comptabilisée comme telle et sera imposée dans le résultat de l'activité, selon le régime applicable à l'entreprise.

S'agissant de la TVA, la commission perçue au titre de la fourniture d'espèces relève des opérations financières exonérées de TVA (art. 261 C du Code général des impôts).

Concrètement : si une épicerie facture 1 € de commission pour un retrait d'espèces, cette commission doit être enregistrée comme recette, mais elle n'est pas soumise à TVA.

Le détail qui compte est comptable.

Le cash back n'est pas une vente.

C'est une opération de trésorerie.

La commission, elle, est une recette.

Le bon réflexe : séparer clairement ce qui relève de la vente, ce qui relève du retrait d'espèces, et ce qui relève de la commission.

Dans un village sans distributeur, ce service peut faire la différence.

Quelques euros remis en caisse, c'est parfois bien plus qu'un service : c'est une preuve concrète que l'épicerie assure une mission de service public au quotidien.

Le retrait d'espèces à l'achat dépasse la simple commodité de caisse. Il rejoint une réflexion plus large sur la place de l'épicerie indépendante dans le tissu commercial français et sur sa capacité à enrichir son offre par des services qui font la différence, qu'on parle d'un village rural ou d'un quartier urbain. À mesure que le réseau de distributeurs se rétracte, comme le rappelle la fiche pratique du ministère de l'Économie sur le sujet, ces points de service complémentaires prennent une dimension nouvelle. Une proposition de loi en cours d'examen prévoit d'ailleurs de relever le plafond du cash back de 60 à 150 €, signe que le dispositif est appelé à monter en puissance dans les prochains mois.

Ces enjeux s'inscrivent dans la réflexion que la Fédération des Épiciers de France portera lors de la prochaine édition de Gourmet Selection, les 7 et 8 juin 2026 à Paris Expo Porte de Versailles. À l'Agora des Experts, la Fédération animera deux tables rondes. Le dimanche 7 juin de 15h15 à 16h00, « Le café en épicerie : un levier concret de développement du chiffre d'affaires » explorera comment structurer une offre café adaptée au point de vente, de la mise en avant à la dégustation en passant par les équipements, afin de générer du chiffre d'affaires additionnel et de fidéliser la clientèle. Le lundi 8 juin de 14h15 à 15h00, « Facturation électronique : mode d'emploi pour les épiceries » donnera la parole à Sébastien Rabineau, directeur du projet facturation électronique à la Direction Générale des Finances Publiques (DGFiP), Alexis Roux de Bézieux, président de la Fédération des Épiciers de France, et Aurélien Bertrand, épicier fin et membre du conseil d'administration de la Fédération, pour décrypter cette réforme désormais obligatoire et ses impacts concrets sur l'activité des épiceries de proximité.

Retrouvez également dans notre série Le Détail qui Compte des Épiciers de France :

Le Détail qui compte des Épiciers de France : l’entretien de parcours professionnel une obligation légale à maîtriser

Le Détail qui compte des Épiciers de France : Municipales des 15 et 22 mars 2026 : vitrine, tracts et neutralité

Le Détail qui compte des Épiciers de France : gérer une coupure de courant dans son épicerie

Le Détail qui compte des Épiciers de France : DLC ou DDM : trois lettres qui engagent votre responsabilité

Le Détail qui compte des Épiciers de France : vidéoprotection, l’oeil de l’épicier et celui de la loi

Le Détail qui compte des Épiciers de France : bien ventiler sa TVA pour vos coffrets cadeaux

Le Détail qui compte des Épiciers de France : permis d’exploitation, une étape incontournable pour développer son offre sur place

Le Détail qui compte des Épiciers de France : DUERP : une obligation dès le premier salarié

Crédit image : Jakub Żerdzicki - Unsplash